EU Score : la souveraineté adtech enfin mesurable
12/06/2026 |

Cloud, grands modèles de langage, applications de messagerie… Le débat sur la souveraineté numérique européenne s’étend à un nombre croissant de sujets. Pas étonnant donc de voir l’adtech couverte par des initiatives telles que EU Score. Une plateforme qui est aussi le vaisseau amiral d’un mouvement de résistance numérique européen.
Un modèle inspiré de wikipedia
Nombre de salariés basés dans l’Union européenne, part de l’actionnariat européen dans le capital, localisation du siège social… Voici quelques-unes des informations au menu de la base EU Score, pour les acteurs qui, comme Commanders Act, y sont référencés. Parmi ces acteurs, des hébergeurs, des applications de CRM, de collaboration et des solutions de l’adtech. “Nous raisonnons plus par compétences logicielles que par catégories d’acteurs”, précise Olivier Rohou, co-initiateur du projet.
Le site eu-score.tech est en fait la partie émergée d’un mouvement lancé le 18 juin 2025. “La date n’est pas anodine, fait remarquer Olivier Rohou, puisqu’il s’agit d’un mouvement de résistance numérique européen. C’est aussi un mouvement qui s’affirme comme techno-progressiste face à la dérive Trumpiste. Dans ce mouvement, EU Score a pour rôle à la fois d’éviter le “sovereignty washing” et de compter les réelles forces européennes en présence”.
Le modèle adopté s’inspire du fonctionnement de Wikipedia. Pour l’heure éditée par une association (qui pourrait évoluer en fondation en fonction des levées de fonds à venir), la plateforme se veut très ouverte. “N’importe qui peut créer une fiche entreprise tandis que les employés avec un email de l’entreprise peuvent demander à modifier des informations. Bien sûr, nous avons pris soin de définir des rôles de modérateurs, de déployer des bots de vérification et de poser des questions avec assez de finesse pour rendre les mensonges très visibles”, détaille Olivier Rohou qui souligne aussi son ambition d’indépendance.
Objectif : responsabiliser les acheteurs sur les enjeux de souveraineté adtech
“Nous ne vendons pas de conseil et n’avons pas l’intention de le faire. Notre objectif c’est de faire de EU Score un standard comme l’est aujourd’hui le Nutri-Score. Et comme ce dernier, EU Score pourra évoluer, mais toujours en restant simple à appréhender”. Une lisibilité clé pour flécher l’utilisateur, l’acheteur BtoB, la commande publique et les investisseurs vers des acteurs européens crédibles.
“L’esprit du projet n’est pas celui d’un appel au boycott, souligne Olivier Rohou. EU Score veut responsabiliser l’acte d’achat. D’ailleurs la plateforme est ouverte aux acteurs d’origine non-européenne.”
Autre ambition de la plateforme, faciliter les convergences entre acteurs européens pour améliorer leur capacité à investir au même rythme que leurs concurrents internationaux.
L’adtech au coeur des enjeux de souveraineté
Sans surprise, les solutions de l’adtech sont tout particulièrement éligibles à une telle évaluation. La quête de souveraineté est en filigrane de toutes les évolutions techno-réglementaires de ces dernières années. La valorisation de la first-party data, la dépendance aux navigateurs et aux walled-gardens, le RGPD, le tracking server-side… Chacun de ces sujets renvoie à des enjeux de souveraineté relatifs à la maîtrise de la donnée, de sa collecte à la gestion de son cycle de vie.
Ces enjeux sont évidemment déjà connus des marques européennes qui investissent déjà dans l’écosystème adtech européen. Et ces solutions, à l’instar de celles éditées par Commanders Act, séduisent des marques allemandes, françaises, italiennes, espagnoles – et aussi de grandes marques américaines.
Dans ce paysage, EU Score permet d’ouvrir un autre volet, celui de la souveraineté de l’infrastructure logicielle, sujet qui dans d’autres domaines, celui du cloud notamment, a donné lieu à l’émergence d’acteurs se revendiquant “cloud de confiance” (comme l’entreprise S3NS) ou souverain (comme Scaleway).
7 critères de souveraineté adtech
Pour parvenir à objectiver cette qualité de “solution européenne souveraine”, EU Score s’appuie sur plusieurs critères qui évoluent régulièrement grâce à la communauté :
| Critère | Description |
|---|---|
| Siège social | Localisation juridique de l’entreprise. |
| Salariés | Effectifs renseignés pays par pays, sans pourcentages globalisants. |
| Investisseurs | Composition du capital détaillée actionnaire par actionnaire, avec nationalités et parts. |
| Sous-traitants | Composition de la chaîne de sous-traitance. |
| Valeurs | Engagements DEI (diversité, équité, inclusion) et ESG. |
| Serveurs | Position géographique de l’hébergeur et nationalité. |
| Code source | Propriété du code, statut et niveau réel de l’open source.Remarque : ce critère a été ajouté récemment pour éviter de « l’open source washing ». |
Une fois les données renseignées, chaque solution obtient un nombre de points qui se traduit en notation, de C à AAA. L’ensemble a été pensé pour encourager la complétion et la précision des données : plus une entreprise renseigne de données, plus son score progresse. « La transparence paye », résume Olivier Rohou. Et c’est d’ailleurs bien ce qui motive les éditeurs. « Il y a eu de nombreuses initiatives historiquement mais l’approche de EU Score est beaucoup plus pertinente, juge Michael Froment. Elle ne consiste pas à agiter un drapeau marketing mais bien à entrer dans les détails de ce qui fait la souveraineté”.
Une note globale sur le modèle du Nutri-Score
Comment se lit un EU Score ? Prenons un exemple concret. la fiche Commanders Act affiche aujourd’hui 563 points et une notation AA+ sur le référentiel. Concrètement, les sept critères ont été renseignés avec un niveau de détail élevé : répartition des salariés en Europe, composition du capital, localisation du siège, documentation de la chaîne de sous-traitance…
À noter : le score est encapsulable via un badge et peut donc être installé sur le site de l’éditeur et ainsi être mis à jour en temps réel.
2000 solutions référencées
Aujourd’hui plus de 2 000 solutions sont référencées sur eu-score.tech, soit environ deux tiers des SaaS européens — estimés à 3 000 — sur un total mondial autour de 30 000.
Le contexte joue en faveur du référentiel. « Beaucoup de citoyens croient que Signal ou Claude sont européens voire français, relève l’intéressé. Et en même temps, on voit un vrai intérêt émerger pour des solutions souveraines”. De fait, les acheteurs B2B européens posent de plus en plus de questions sur la souveraineté de leurs prestataires, un questionnement qui s’est amplifié depuis le second mandat de Donald Trump. La commande publique commence elle aussi à intégrer ces critères.
Pour les directions marketing et data, cette quête de souveraineté est déjà engagée et s’inscrit dans le sens de l’histoire. L’enjeu n’est plus seulement de choisir la meilleure solution adtech sur des critères fonctionnels, techniques et budgétaires. Il s’agit aussi de mener sur ce sujet comme sur d’autres une analyse de risque au regard de la donne internationale. Avec les bonnes questions à la clé : où vont les flux de données ? Qui contrôle réellement les briques de consentement, de tracking et d’attribution ? Ou encore : combien d’années avant que la prochaine décision unilatérale d’un acteur non européen reconfigure la chaîne de mesure ?
EU Score n’apporte pas toutes les réponses. Il fournit un point d’entrée mesurable, et un langage commun pour inscrire l’adtech dans le débat européen sur la souveraineté.










